L’artiste, cette bonne poire.

Donc j’ai encore quelques trucs à dire et après je la ferme.

Récemment, on m’a contactée pour me proposer un « partenariat ». Un joli mot qui fait sérieux et qui, comme sa racine l’indique, vous positionne comme un partenaire, donc un égal.
Alors je vais traduire en français courant : « Il faudrait que vous nous fassiez un truc gratos, mais vous allez voir, ça va être merveilleux : ça va vous faire de la pub ! »
Donc le principe, c’est que moi, je bosse gratos.
Pas eux, puisqu’ils font du business.
Mais grâce à ce « partenariat », peut-être que (hypothétiquement) d’autres s’intéresseront à mon travail. Et (hypothétiquement) me feront travailler. Voire (hypothétiquement) envisageront de me payer, eux.

J’en ai de la chance, non ?

Le pire, c’est que certains proposent ça en toute bonne foi.
Car il est puissant, le fantasme comme quoi les artistes n’ont pas besoin d’argent (cf amour + eau fraîche), mais surtout de publicité (cf glamour + paillettes).
Non, les gars.
Nous aussi, on a des factures à payer, des emprunts à rembourser, des gosses à élever (enfin non pas moi, mais c’est pas une raison)…
Mais au nom du même fantasme, d’autres nous prennent juste pour des cons.

Car on me propose aussi des concours graphiques.
Vous savez, ceux qui vous disent « Venez donc participer à notre concours ouvert aux pros et aux amateurs dans toute la France/Europe/Galaxie, pour redessiner un timbre pour une Entreprise Publique/concevoir un nouveau logo pour la société Duschmoll/ une nouvelle charte graphique pour les produits de beauté MonQ/le site de la start-up Mes Fesses…etc. »
Et le gagnant recevra au mieux un peu de pognon. De préférence une somme sans aucun rapport avec la valeur réelle du même travail fourni par un professionnel.
Et au pire, une poignée de main d’un sous-directeur (ou d’une vedette qui cachetonne) et une tablette graphique (ou n’importe quel gadget de saison) d’une valeur (prix public, mais pas celui que Entreprise Publique/Duschmoll/MonQ/MesFesses aura payé) de 499,90 euros ; et pour les 10 suivants, des places de cinéma, ou des porte-clés qui font pouêt.
Et l’Entreprise Publique, la société Duschmoll, les produits de beauté MonQ et la start-up Mes Fesses se seront vu proposer des dizaines, voire des centaines de créations, d’idées, d’études, et de solutions gratuites, sans débourser autre chose qu’une aumône.

Alors j’informe dès lors mes jeunes collègues fraîchement arrivés dans le métier : ça fait 25 ans que je suis dedans, et travailler gratuitement ne m’a jamais rapporté un client. Jamais.
Par contre, ça a rapporté une plue-value aux gens qui me l’ont demandé, sans que ça leur coûte un sou.
Je peux comprendre qu’on ait envie de prendre le risque, mais il faut le prendre en connaissance de cause.
Et je précise qu’il m’arrive de travailler gratuitement, en général pour des ONG, mais c’est moi qui choisit mes causes et j’y passe un temps mesuré.

Sur ce, je vais publier un dessin que j’ai fait gratuitement pour moi, et pour nourrir une réflexion sur un projet en cours ; avec le temps et l’énergie dont j’ai décidé de ne pas faire cadeau à d’autres.

Bizou à tous.

Post-scriptum du 12 mai 2015 : same player shoots again sur le même sujet. Soupir.

Théa et l'autre chose rampante

Au début, c’était un oiseau…

32 réflexions sur « L’artiste, cette bonne poire. »

  1. Mais enfin Princess H, ne comprends-tu donc pas que les dessinateurs (comme les chercheurs, les acteurs, etc.) ne travaillent pas?
    C’est à dire qu’ils passent leur vie à faire joujou et produisent ça et là des miquets/sceynettes/étudinettes d’une simplicité enfantine. « mon fils de 3 ans aurait pu le faire », « ah, la vie d’artiste, vous avez raison de ne pas vous en faire vous! », etc.
    Bref, l’artiste, cet éternel homme/femme enfant ou étudiant (pour les chercheurs), ne sert pas une société de gens sérieux. D’ailleurs, eux, ne consomment pas d’art, ni de science. Eux mangent, boivent, font des travaux « sérieux » et tolèrent ces gens étranges à condition qu’ils ne soient ni dérangeants ni bruyants, comprendre, qu’ils n’aient pas d’idée et acceptent leur condition d’irresponsables.
    Il semble qu’en art, le respect se gagne en euros, un artiste riche, est, lui, une chance pour son époque, il est ce qu’il restera, quelqu’un qu’on écoute et dont les oeuvres/interventions/autre… s’arrachent à prix d’or. Sa nature différente et supérieur fera d’ailleurs d’excellent scénarios de films (souvent bêtes à pleurer) ou on montre qu’en fait, c’était un travailleur acharné, sans cesse attelé à la création d’une oeuvre que tout le monde reconnait, si c’était un caractériel, on lui pardonne aisément des errances indispensables à l’écriture du roman de sa vie.
    La vie de l’artiste n’est-elle pas en contradiction avec le monde qui l’entoure, quand tout est dans la mesure, l’artiste jouit délibérément d’un monde parallèle (sinon, c’est un enfant, allons!) plein de fantaisie, de fantasmes et de clownerie.
    Devant une vision du monde de plus en plus uniforme et transparente, l’artiste, plus indispensable que jamais s’efforce de créer quand le comptable s’efforce d’ordonner et le logisticien de coordonner.
    L’artiste, lui aussi, travaille, mais de moins en moins de structures sociales, politiques ou financières l’accompagnent, sa place s’amenuise et l’espace qui sépare l’artiste brillant de l’artiste raté se creuse de jour en jour, laissant un vide seulement comblé par le plus triste des conformismes contemporains.

  2. Quelle verve, cher Eliel !…
    Oui, nous somme cet étrange objet d’envie et de haine : on aime l’artiste riche à millions ou mort dans la misère, mais tout ce qu’il y a entre les deux n’a pas à exister…

  3. Non, ne la ferme pas! Ce sujet est très intéressant, et vos joutes de Middle class artists aussi pertinentes que désopilantes! Top le coup du partenariat!!!

  4. J’ai l’impression qu’avec le boom du web, le culte actuel l’image, le narcissisme post-moderne, l’ignorance et l’absence de scrupule, ces tentatives d’exploitation d’illustrateurs ont encore de beaux jours devant elles. Du coup, ça ne fait jamais de mal de répéter, répéter, répéter, répéter,…

    Je confirme aussi :
    bosser gratuit égale :
    – vrai travail (c’est dur de rendre des « sous-illustrations bâclées ». C’est notre crédit artistique qui est en jeu, donc n’imaginez pas faire un « dessin vite fait »)
    – cadeau unilatéral : le bonus est surtout pour le commanditaire, pour vous, aucune garantie. Déjà, qu’il ne paye pas peut laisser augurer de la relative confidentialité de cette « pub qui te donnera peut-être des clients »
    – se brader, donc se discréditer un peu, discréditer le métier aussi. Quand je fais des trucs gratuits -pour des choses que je choisis- je glisse toujours un mot sur la valeur réelle du cadeau. Juste pour signifier que ce n’est pas « un dessin, comme ça ».

  5. Sabine > oui, je vais peut-être continuer un poil à cause d’un point soulevé par Yop…

    Notafish > Hug aussi ! ça fait plaisir de te voir ! 🙂

    Yop! > bienvenue ici, et merci de ce commentaire qui me donne à penser qu’il y a effectivement encore un billet à faire sur la valeur du travail et la conviction qu’on doit en avoir… qui est facilement vacillante.

  6. Un partenariat, c’est un contrat et tu dois tout y mettre. La réponse devrait donc être montrez-moi le contrat que vous me proposez et on en discute. Ca fait partir de suite l’arnaqueur de base. Continue à parler !

  7. *Clap-clap-clap*
    Tellement vrai! Je n’ai rien à redire…je suis artiste, et je reconnais bien là tout ce que vous dites!
    (se rappel ses moments… où on en se sent vraiment prise pour une « bonne poire ». Pour ne pas être vulgaire…)

    Merci pour ce petit coup de gueule, qui m’a fait chaud au coeur, dans le sens: « je me sens moins seule », ou encore « je ne fabule pas », etc…

    Je vais me faire le plaisir de partager.

  8. Merci pour ce pure moment de bonheur et d’humour !
    J’adore ! Et tellement vrai !
    Pareillement… et c’est bien avec le temps et des erreurs décisionnaires que l’on se rend compte de nos priorités (pour ma part c’est d’autant plus vrai depuis que mon temps de travail est limité, car un enfant de 2 ans…. ça prend du temps !)
    Je partage avec plaisir, et, au plaisir 😉

  9. et bien oui j’ai connu ça moi aussi … donc depuis pas mal de temps j’ai cessé de faire de l’illustration car ça paye plus surtout quand tu fais de  » l’artisanal  » ( dessin peinture ou assimilé 🙂 lol )
    à présent je me consacre à ma peinture ….
    mais tu as toujours quelqu’un qui te demande toujours :
     » tu peux pas me faire un p’tit dessin ? c’est pour ma momon !!!!  »
    et bien sur tu veux pas non plus une p .biiiipppppp !!!! ( même si dés fois c’est tentant lol )
    donc ce que je fais à présent j’annonce direct la couleur ‘ c’est plus gratos même pour des essais c’est plus gratos !!!!
    bon ok j’ai pas vraiment de commende mais au moins quand j’en ai une ben j’en suis fier car j’aurais de quoi un peu remplir mon petit porte monnaie 😉
    alors tu as raison de pousser une petite gueulante ça fait du bien aussi
    et ça remet les choses en place pour les autres 🙂
    à bientot
    chris

  10. Merci pour ce billet ! Et que pensez-vous des propositions d’expo gratuites dans les établissements recevant du public: bar, restaurant, etc.?
    (Très beau le dessin)

    >>> Expos gratuites ? Qu’entendez-vous pas là ? Des expos où on ne peut pas vendre ? Ça n’a aucun intérêt… Etre vu pour être vu sans rien derrière, c’est exactement le même principe que « bossez gratuitement, ça vous fera de la pub »

    • Je veux parler des salles de restaurant ou des bars qui proposent un accrochage gratuit durant une période donnée.Quelqu’un a-t-il déjà vendu quelque chose par ce biais ? Considérez-vous cela comme une déco gratuite pour un établissement ( et cela bloque vos œuvres) ou un bon moyen de communication pour vous?

      • Oui, un accrochage gratuit signifie de la déco gratuite pour le bar ou le resto et rien pour vous. Vous le dites vous-même : vos oeuvres sont bloquées, et à moins que quelqu’un ne vienne vous acheter une toile en vous disant qu’il l’a vue au bar ou au resto, vous n’avez aucun moyen de mesurer le retour en terme de communication. Autant dire que c’est zéro.

  11. C’était qui le partenaire ? J’adorerai travailler gratuitement !

    … non je déconne ^ ^

    >>>>> Je ne vais pas balancer, ils étaient dans la catégorie « bonne foi », les pauvres…

  12. Ça me rappel un client qui trouvait que mon travail était trop cher pour lui. Il me dit: « Ça devrait être facile pour toi de faire un dessin, t’es dessinateur! ». Taboye! On vol bas! C’est facile pour vous de dire des conneries, vous êtes con! 😉

  13. Dernièrement j’ai appris que dans les centres de formation pour adultes, les élèves travaillent gratuitement pour divers projets: affiches, logo, flyers… une chose est sure, les élèves voient leur travail exploité et ne sont aucunement rémunérés. C’est scandaleux.

  14. Merci pour ce « coup de gueule » qui révèle combien la situation est vécue par bon nombre de « dessineux »..Perso, je considère que rien ne doit être gratuit, à plus forte raison avec les moyen actuels de pomper une idée ou tout simplement le graphisme même….
    L’œuvre est si facilement vidée de sa substantifique moelle, je veux dire de tout le cheminement et le travail personnels de l’artiste qui l’a permise, qu’il ne peut être question en plus de la donner.
    Non mais !!!
    Les expos dans les restos ne sont pas autre chose qu’un bon plan déco pour les restaurateurs… J’aimerais connaître le taux de ventes réelles dans ce genre de lieux….
    Tout ça se rapproche un peu de l’image de la bouteille qu’on lance à la mer….

  15. Tout travail mérite salaire, qu’ils disaient en 36 🙂

    A quand un « petit » rappel à l’ordre de quelques valeurs humaines essentielles : respect, travail, honnêteté ? Oui, j’assume de croire et défendre ces valeurs, à une époque où égoïsme et arnaque sont monnaies courantes. Y’a pas un « vieux con » qui nous poussait récemment à nous indigner ? On s’y met quand ??? Merci Princess de nous rappeler le sens de la vie. Et ton « oiseau », quelle folie…

  16. Hum, d’autant que si on rémunère ce travail, fruit de ce merveilleux partenariat, ça n’en atténuera pas d’autant la publicité qui en découlerait -probablement- ni le nombre de personnes susceptibles de te faire -probablement- travailler par la suite…

    Je connais ça, étant moi-même artiste depuis une bonne vingtaine d’années…

  17. superbe ! ça serait dommage de faire du gratos, c’est comme donner de l’or aux riches, vos illustrations sont superbes ! et pis tant pis pour vous, je vous fait de la pub sur ma page fb, d’autant plus que votre réflexion m’enchante puisqu’elle parle pour nous tous, petits dessinateurs au grand talent.
    bizou

  18. Ironiquement ce billet et la façon dont il m’a été amené ont quelque peu changé ma vision du sujet.
    Il n’est pourtant pas mauvais le discours des artistes qui crient habilement à l’ostracisation pour couvrir leur volonté d’avoir la protection de l’exception culturelle. Le problème n’est pas d’avoir un traitement particulier mais de ne pas l’avoir.
    Parce qu’il faut bien voir que le manque de reconnaissance a ses causes. On me l’avait pourtant dit qu’un diplôme n’a au yeux de la société que la valeur qu’elle veut bien lui accorder. Et il en va de même pour la compétence, même si certains voudraient faire croire que la société n’a pas le niveau pour apprécier ce qu’on cherche à lui vendre.
    Et donc il faudrait leur accorder la reconnaissance avant qu’ils ne l’aient méritée et/ou prouvée ? La société ne le fait pourtant pas pour pour les domaines qui ne souffrent pas de ces difficultés. A quelques exceptions près, donc.
    Quels problèmes ont donc les artistes ? Déjà d’être une pléthore d’individus « exceptionnels » sur le marché (et quand tout le monde est exceptionnel, personne ne l’est). Une forte concurrence donc. L’action logique est de sortir du lot avant de vraiment pouvoir toucher les fruits de son travail. C’est le problème annuel d’un grand nombre de diplômés dans des domaines tels que… l’économie, le droit, l’histoire de l’art, la philosophie, la psychologie, la physique, la chimie, la biologie, les mathématiques, l’informatique…
    Mais non, là on parle d’art. Et l’artiste diplômé (sic) n’a pas vocation à devenir un salarié. Mais chômeur n’est pas le bon statut. Et l’artiste n’est pas un artisan. Il ne fait pas partie d’une profession libérale. Et n’est ni auto-entrepreneur. Ni intermittent du spectacle. Je ne suis pas certain de s’il se considère au dessus de ces statuts ou s’il n’a pas la possibilité de s’y intégrer. Quel dommage, on sait pourtant à quel point ceux qui l’ont se sentent privilégiés par notre société. D’ailleurs c’est peut-être bien que ce n’est pas satisfaisant, non ?
    Le dessinateur soutiendra-t’il celui qui veut se proclamer écrivain et réclamer reconnaissance avant d’avoir soumis un manuscrit ou l’accusera-t’il de tourner en dérision son combat ?

    Et pourtant il en est qui réussissent. Dessinateurs, auteurs, cinéastes, musiciens… Surtout à l’heure du crowdfunding et d’internet qui permettent, faute de trouver un mécène, d’en trouver des centaines. Combien vivent grâce aux fans de leur blog ou webcomic gratuit ? Ceux qui ont ces blogs et webcomic gratuits doivent-ils subir le reproche des journalistes avec leur blog payants ou de ceux qui vivent des revenus publicitaires sur le leur et souffrent de cette concurrence ?
    Alors non, ça ne vient pas tout seul. Oui, c’est un chemin difficile comme tant d’autres. La première erreur est probablement d’avoir laissé tant de personnes arriver à ce goulet d’étranglement. Quand bien même l’inverse peut priver la société de certains individus dotés de plus talents que les autres…

  19. bonjour Quild,

    Je ne suis pas sûre de comprendre vos raisonnements, surtout sur un billet où je dis essentiellement qu’il ne faut pas travailler gratuitement, parce que la pub promise en échange, ou la notoriété professionnelle qu’on pourrait en tirer, ne sont que du vent.

    Mais pour répondre à quelques points que vous soulevez :

    Notre statut, quand on relève de la Maison des Artistes (régime de sécu des artistes plasticiens, graphistes, illustrateurs et autres fabricants d’images) nous assimile aux professions libérales. Certains sont auto-entrepreneurs, principalement par ignorance de l’existence de ce régime. Et que je sache aucun d’entre nous n’a la condescendance de considérer qu’un régime est « supérieur » à l’autre.
    Et pour connaître nombre de professions libérales, je ne vois pas d’où vous vient l’opinion qu’ils se sentent privilégiés. Ceux qui gagnent bien leur vie travaillent dur et payent des charges et des impôts en conséquence. Ils ne touchent pas d’Assedics quand ils n’ont pas de travail (nous non plus), et quand ils sont malades, leur couverture (qui côute très cher) et leurs indemnités journalières sont inférieures à celles des salariés, et ils ont intérêt à avoir financé une assurance privée pour compléter.

    Un bon nombre de dessinateurs sont aussi auteurs ou travaillent avec des auteurs, dont le régime de sécu (AGESSA) est si proche du nôtre qu’il est en projet de les fusionner. Nos combats sont communs.

    Un « artiste diplômé » n’a pour seul avantage que de pouvoir enseigner avec un meilleur salaire. Mais pour tous les autres pans de notre activité, on nous demande ce qu’on sait faire. Jamais nos diplômes. Ce qui ne signifie pas que nos études sont vides de contenu. Mais le diplôme n’a pas d’importance, et on ne peut pas s’en prévaloir pour prétendre avoir plus de valeur qu’un autre artiste. On ne peut s’appuyer que sur son travail…

    Et notre erreur serait d’avoir laissé tant de gens arriver dans ce métier ??? Non mais, qui sommes-nous pour trier les artistes et distribuer des autorisations d’exercer ???
    La concurrence a toujours existé, effectivement, le phénomène s’est accéléré ; mais ce n’est pas contre ça que je peste, mais contre le cynisme et le manque de respect dont font preuve certains qui veulent bien profiter de nos compétences, tout en leur déniant la moindre valeur.
    Et je ne me plains pas d’un manque de reconnaissance. Ce qui m’irrite, c’est au mieux la méconnaissance de notre travail, et au pire, le cynisme.
    Mais je vous accorde que bien des professionnels, dans bien d’autres domaines, sont maltraités et pas respectés. Mais moi, je suis artiste, alors je parle de ce que je connais.

    • Merci pour la réponse.

      La petite phrase sur les privilèges était un sarcasme et j’avoue que je ne savais pas que le statut de profession libérale pouvait fonctionner (et m’en étonnais faute de comprendre pourquoi il ne fonctionnerait pas).
      Et pour ce statut, j’en connais justement les difficultés. Notamment via des amis kinés ainsi qu’une amie avocate (dont j’ai les services, ce qui m’a permis de poser une question ou deux sur sa rémunération). Il est vrai que je l’ai choisie elle et non quelqu’un d’autre par copinage et parce que je sais pouvoir lui faire confiance (sur ses compétences et son honnêteté) plutôt que pour d’autres raisons. Si le litige pour lequel j’avais besoin d’elle avait été plus pointu, je n’aurais par contre peut-être pas pu. Enfin bon, je sais bien que ce statut a ses limites.

      Le problème devient donc de manquer de clientèle ? A cause de la concurrence, du manque de talent spécial ? Et le problème est aggravé par le fait que pour le peu de marché qu’il y a, certains travaillent gratis ? Sans parler de ceux qui ont le marché par piston quelconque.

      L’instauration de rémunérations minimum pour certains travaux peut être une piste intéressante. On en est très loin quand on voit qu’un stage a besoin de durer plus de trois mois pour qu’une rémunération soit obligatoire (et puisqu’on parlait des professions libérales, c’est assez emmerdant pour les étudiants qui doivent faire un stage de fin d’étude mais ne trouvent personne prêt à payer pour les former parce que c’est pas si intéressant que ça).
      Sans ce minimum, ça ne pourrait probablement pas marcher. Ils ne sont pas nombreux ceux qui sont prêts à payer pour quelque chose de gratuit (le PWYW fonctionne mieux qu’on ne pourrait le croire mais ce n’est pas encore ça).
      Et ça a beau être une piste intéressante quand on pense à des logos ou au design d’un website, ça devient un problème quand un journal avec un service de juristes stupides et zélés va décider qu’on pourrait faire appliquer ça à tout article/billet. Genre © LE PARISIEN au hasard.
      Mais même avant ça, si un bloggeur décide de faire un website gratuit, sans pubs et juste pour son plaisir mais qu’il a plus de compétences pour écrire ses billets que pour faire un joli site, il doit… payer. Quand bien même certains de ses lecteurs sont prêts à payer de leur temps pour lui faire un joli site parce qu’ils aiment bien sa prose ? Hum, c’est embarrassant…

      Tout ça pour dire que quand bien même voir que la vie n’est pas rose est facile, je ne partage pas la conclusion qui consiste à dire que la faute est ailleurs et qu’il faut changer quelque chose, aider.
      Qui sommes-nous pour trier ? C’est pas faux. Le numerus clausus en médecine est plutôt une honte et comme je l’ai dit le tri pourrait nous priver de certaines perles. Je suis cinéphile et je reconnais plus facilement l’apport de certains cinéastes que l’apport d’individus dans d’autres arts, mais je m’y connais moins et quelqu’un peut penser l’inverse. D’un autre côté, le tri existe déjà… Dans les écoles spécialisées par exemple ou même plus souvent dès la naissance, que le talent soit là ou non. Entre autres.
      En tout cas, faute de tri, on a la situation actuelle. J’ai le droit de réviser ma position comme quoi on peut trouver une faute quelque part ?

      • Je crois que vous suivez une ligne de pensée et une interprétation en free-style, qui vous sont propres et qui ne sont pas en rapport direct avec mon propos. Vous semblez obstiné à trouver « une faute quelque part », et re-posez des questions « Le problème devient donc de manquer de clientèle ? A cause de la concurrence, du manque de talent spécial ? Et le problème est aggravé par le fait que pour le peu de marché qu’il y a, certains travaillent gratis ? Sans parler de ceux qui ont le marché par piston quelconque. »
        J’ai déjà répondu que le point que je soulevais était la méconnaissance et/ou le mépris pour notre travail, qui servent à justifier des rémunérations sans rapport avec la réalité de la prestation fournie, voire une absence de rémunération. Je peux ajouter le fait que l’inexpérience des débutants alimente ce moulin, mais ils en sont plus victimes que fautifs.
        J’espère que ces fautes vous suffisent. Pour moi, c’est déjà bien assez.

      • Vous critiquez ma ligne de pensée quand je cherche à reformuler ma question pour avoir une réponse considérant que celle apportée ne répondait pas à mon interrogation. Le choix des mots utilisés me parait d’ailleurs un peu agressif. Sympa. (Bien que j’apprécie d’au moins répondre).
        La méconnaissance du travail, oui, tout à fait, okay. Là-dessus vous êtes d’ailleurs aussi bien agressive envers ceux qui ont une méconnaissance de votre domaine. Mais c’est assez fréquent quand on fait appel à un professionnel d’un domaine qui n’est pas le sien, non ?
        A un moment il faut de l’instruction. A laquelle vous tentez d’ajouter votre voix en postant ce billet mais qui se heurte à une réalité où ce travail s’obtient gratuitement. Difficile de dire à quelqu’un qu’il méconnaît la valeur du travail réel quand plusieurs pros le fournissent gratuitement… Peut-être que le mec du département marketing de la société MonQ vous a expliqué que vous méconnaissiez le domaine et que dans la réalité il allait pas payer pour l’avoir son logo. Pourquoi c’est lui qui a tort, hmmm ?
        Pour la réalité de la prestation fournie, le prix des œuvres d’art a souvent tendance à faire rire les non-initiés. De quel ordre de grandeur de tarif parle-t’on pour un logo ? Vous critiquez le gadget à 500€, quid du même montant en argent comptant ?
        Et encore une fois vous parlez de victime. Victimes… actives en se prêtant au jeu ?

        Vous dites que travailler gratuitement ne vous a jamais apporté. Quid de tous ces auteurs de webcomic qui se sont fait comme ça leur public devenu clientèle ? Quid de tous ceux qui ont fait un ou plusieurs manuscrits avant de trouver public (c’est d’ailleurs le cas de Dan Brown qui a ensuite été littéralement survendu) ? Je connais un dessinateur modéliste qui a bouffé du travail/stage non-rémunéré (avec demandes de venir plus tôt faire le ménage et tout hein) de merde pour se faire un portfolio, des contacts et finalement trouver une boîte. Et savoir y obtenir ensuite une très nette augmentation après s’être rendu indispensable et avoir prouvé une compétence rare. J’ai vu une amie se planter dans le cinéma et se reconvertir, je vois un second y balbutier avec une approche différente et faire de l’alimentaire avec les photos de classe et mariage, j’ai vu un troisième refuser un piston et salement se planter en beauté par la suite malgré un talent certain (là maintenant il se drogue) et un quatrième arriver difficilement à quelque chose et qui aura peut-être un nom dans quelques années. Peut-être. Mais ouais, son travail sur le clip d’un chanteur connu il y a quelques temps ou avoir eu la chance de travailler avec Marcus ça paie pas encore des masses de façon concrète. Faudrait que je lui demande clairement comment ça se vend dans ses approches pour d’autres projets.

        Mais donc bêtement, parce que dénoncer c’est gentil mais ça n’avance pas beaucoup, quelle solution proposez-vous ? Que pensez-vous d’un barème légal dont j’ai donné des avantages et inconvénients ? Comptez-vous sur l’instruction des jeunes pour qu’ils arrêtent d’être victimes et cessent de fournir spontanément un service gratuit ?
        Pour moi une faute n’existe que quand elle fait contraste avec un solution correcte. Elle vous semble peut-être évidente, moi je méconnais le sujet et si le but n’est pas de discuter entre gens qui sont d’accord, il faudrait peut-être expliciter. Au lieu d’agresser. Hein.

  20. Moi j’avais juste envie de t’apporter un brin de soutien… Il faut encore et toujours que ces choses-là soient dites et surtout, que le principal des personnes proposant des « collaborations » fumeuses puissent lire ceci!
    Et d’une façon plus perso, te dire un peu « merci » parce que je crois bien que mon envie d’être illustratrice remonte à la fin de mon enfance, quand je guettais avec impatience tes dessins dans un magazine que je recevais tous les mois 🙂

  21. Excellent article !
    Et je pourrai ajouter que c’est la même chose pour les auteurs-écrivains pas reconnus du tout n’ayant aucun soutien, devant donner leurs ouvrages pour avoir une critique (les ayant acheter au préalable), les envoyer même avec leur propre argent dans des partenariats douteux (blogs de lectrices) ainsi que les Salons Littéraires qui demandent une somme pour les exposants. On perd de l’argent lorsque l’on veut se faire connaître en tant que nouvel auteur !

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