L’artiste, ce branleur.

L’artiste est un branleur. Pour lui, c’est fastoche, Il fait ça juste comme ça, en claquant des doigts, sans effort, sans travail. En plus, ça le fait marrer… Il faudrait le payer en plus ?

PrincessH et la condition d'artiste

Balayer parterre, c’est pas très difficile non plus. Mais personne ne reproche son salaire au balayeur. Parce que lui, il a une excuse : son métier n’est pas rigolo. Il n’est pas censé y prendre plaisir.
Alors que nous, si. On fabrique du plaisir pour les autres, et on a l’arrogance d’en ressentir en même temps. Et ça, on ne nous le pardonne pas.
Par contre, un expert-comptable qui s’amuserait dans son métier et y prendrait plaisir (il y en a), on ne lui en voudra pas. Parce que la compta, c’est considéré comme chiant (moi, j’aime bien, ça me repose. Mais bon c’est moi, hein.)
Bon, j’avoue. Nous, on a encore un truc en plus  : être artiste, c’est glamour/paillette. Mais franchement, qu’est-ce qu’on y peut ? Mais c’est comme si on faisait exprès d’en rajouter pour faire chier.

Donc, il est normal de payer le balayeur (des clopinettes, quand même, faut pas exagérer, Il a pas fait d’études.) (Quoi que.)
Il est normal de payer l’expert-comptable (même s’il aime ça) ; parce que lui, il en a fait des études. Et puis on n’a vraiment pas envie de faire son boulot. (Et puis bon, il tripote votre pognon, tout ça ; donc vaut mieux lui en donner un paquet pour qu’il le pique pas. C’est stratégique.)
Mais les artistes ? Franchement ?… Spa sérieux. Ils ne travaillent pas, ces gens-là, c’est juste une bande de branleurs qui ont fait des études de branleurs, et qui s’amusent comme des branleurs, en prétendant que c’est un métier…

Alors je vais parler de mon cas, c’est celui que je connais le mieux.

Mes études de branleuse

J’ai fait 5 ans d’études aux Beaux-Arts de Lyon. Si j’écris le nom de l’école en entier, c’est Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon.
Oui, ça commence par Ecole Nationale Supérieure.
Comme Ecole Nationale Supérieure d’Administration, ou Ecole Nationale Supérieure de Chimie, ou Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées, ou Ecole Nationale supérieure des Télécommunications, ou Ecole Nationale Supérieure d’Architecture… ou Ecole Nationale Supérieure de la Police (oui, ça existe).
Sûrement une belle bande d’écoles de branleurs, donc.

Mais mes études ont commencé bien avant : quand j’avais 4 ans, à la maternelle, on m’a donné un papier et un crayon. J’ai commencé à dessiner et j’ai jamais arrêté. J’ai fait ma scolarité en dessinant tous les jours, pendant tous les cours, sauf la gym.
Alors oui, au début, c’était pour m’amuser. Mais assez rapidement, comme j’y arrivais plutôt pas mal, j’ai upgradé la difficulté. J’ai dessiné des choses que je trouvais difficiles ; j’ai regardé comment étaient dessinées les illustrations dans mes livres d’enfant et je les ai refaites à ma façon en changeant ce qui ne me plaisait pas ; j’ai recommencé 15 000 fois jusqu’à ce que j’y arrive ; j’ai examiné tout ce qui me tombait sous la main et qui contenait ou portait des illustrations pour comprendre comment elles étaient faites : les étiquettes de pot de confiture, les décalcomanies, les jeux de société, les livres d’art de mes parents, mes romans jeunesse, mes livres scolaires, les Tintins et Spirous de mes oncles et tantes, les semaines de Suzette, les albums de Bécassine et les vieilles Bibliothèque Rose de mes grand-mères, tous les bouquins et les BD de mes copains, de mes voisins, le Journal de Mickey des enfants de la femme de ménage, la presse jeunesse catho à la sortie de la messe, les publicités, les affiches, les prospectus, les films à la télé… Et les pin-up de calandre sur les 15 tonnes qui se garaient près de chez moi quand j’avais 7 ans. (Je les adorais, ces pin-up !).
Et au fur et à mesure que j’ai grandi, j’ai disséqué et analysé machinalement ce que je lisais (et je suis une énorme lectrice) et toutes les images que j’y trouvais, pour choper des trucs nouveaux et de nouvelles idées que j’essayais.
Et puis à force, j’ai commencé à suggérer des histoires dans mes dessins, des embryons de narration… Je ne dessinais plus des bonhommes, mais des personnages.
Et à 20 ans, je suis arrivée aux Beaux-Arts.

Quel expert-comptable, quel énarque, quel chimiste, quel architecte, quel flic peut prétendre avoir pratiqué son art tous les jours depuis l’âge de la maternelle ?
Moi, je peux.

Alors oui, à l’arrivée, je suis capable de faire ça « comme ça », avec facilité, en 3 minutes sur un coin de table. Le dessin suivant à dû me prendre une heure max, distraitement, en regardant la télé.
Mais ne venez pas me dire qu’il n’y a pas un putain de boulot derrière.

Julie, Kim, Théa, fleurs et chenille

 

11 réflexions sur « L’artiste, ce branleur. »

  1. Eh ben alors ?! On embête notre petite Princesse ? On ose lui faire des misères ?

    Je crois que pour la reconnaissance et la valorisation de ton travail il faut faire du conceptuel, de l’actualité… faire des dessins qui font avoir le seul sourire de la journée et qui rallume le soleil quand on est dans la grisaille… ben c’est pas du travail, c’est juste un passe-temps… pourquoi on te paierai pour ça ??
    J’en plaisante… mais sûr je te soutiens sincèrement dans ta colère contre le mépris envers ton travail.

    Je sais bien qu’un simple avis d’un de tes lecteurs ne changera pas la situation, mais tout ce que je peux t’envoyer ce sont mes meilleurs pensées et plein de bonnes ondes pour t’aider à surmonter tout ça !

    Et si tu dois faire un choix, prendre des décisions difficiles dans un avenir proche… je te souhaite de les faire par une réelle envie de changement et non par contrainte (quelle qu’elle soit)… vraiment.

    Amicalement,

    miK

    (P.S. : je crois que c’est la première fois que PrincessH me fait peur… elle a un de ces regards… brrr !)

  2. Mais ouiiiii ! Et pis les auteurs de BD n’en parlons pas ! Déjà qu’ils peuvent en sortir maximum 1 par an, alors si EN PLUS on devait les payer plus que le SMIC, hahaha !

  3. J’ai un petit comptable à la maison et je peux témoigner : il compte depuis la maternelle, tout et tout le temps. Certes, c’est agaçant mais les dessins sur les murs c’est aussi agaçant….

    • Mais en fait, si ça se trouve, c’est pas un comptable. C’est un mathématicien. Ils sont assez comme les artistes, les mathématiciens. Un de mes cousins, pendant que je lisais Tintin et Spirou dans le grenier de nos grands-parents, il lisait en rigolant des vieux bouquins de maths qu’il avait trouvé dans un carton. Maintenant, il fait de la Recherche. Il a même trouvé un truc.

  4. Et c’est encore pire lorsque le fruit du travail est immatériel… Les bonnes idées, les noms de marques, les accroches publicitaires, on considère que ça te vient tout seul, que tu n’as pas fait d’effort pour les pondre, alors ça ne se monnaye pas !! °-° Ouate de phoque !

  5. En fait cette dévalorisation commence très tôt.

    L’autre fois, en Français ma fille devait faire une BD sur une histoire du roman de Renard (celle où le loup se fait coincer la queue dans un lac glacé en voulant pêcher du poisson). Bref. On y passe du temps ensemble. Je lui explique qu’il faut faire des brouillon, un petit stroy board, qu’on reconnaisse ses personnages, que le découpage et important, etc. etc. En gros ce que je sais de la BD (j’ai pas trop fait d’étude dans ce domaine je l’aide comme je peux hein, en même temps j’ai pas fait d’étude de Français je l’aide quand même avec ce que j’ai appris). In fine on y a passé un bout de temps, plus que sur un devoir à la maison classique.

    Au final le prof n’a pas noté la réalisation, bah oui pour lui c’était un jeu du bidouillage, bref pas de l’apprentissage et certainement pas un devoir à la maison. Dessinateur un métier? Haaaaaa Ma bonne dame mais c’est n’importe quoi. La BD de l’art? Non mais allo quoi!

    Bref très tôt on nous met dans la tête que le dessin, l’art plastique et la peinture c’est annexe c’est « pour jouer ». Sauf si on s’appelle Van Gogh ou Picasso mais ça c’est une autre histoire….

  6. ma copine Nathalie qui est écrivain et scénariste, on n’a jamais idée de la rémunérer pour ses pitchs ou ses bibles scénaristiques, alors que c’est souvent des mois de travail. C’est encore pire que nous (si si c’est possible !!).
    Oui, le Nino je l’appelle le comptable mais ses copains sont beaucoup plus gentils que moi, ils l’appellent le Dieu des maths ! 🙂

  7. Salut l’amie,
    suis artiste clown, pour la majorité des individus suis branleuse professionnelle et pourtant la nuit je dors avec des larmes plein les yeux.

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